La friche est un terrain qui n’est pas cultivé, où poussent les fleurs sauvages et les herbes folles. Un lieu où se terre la sauvagine, et sur lequel se complaisent les dernières espèces en liberté. Un sol laissé à l’abandon, qui ne reçoit ni engrais, ni poison. Qui ignore le soc de la charrue.

Autant dire, vous l’aurez aisément deviné, que les créateurs auxquels est consacré ce modeste site ne figurent pas sur le fronton des temples de l’art officiel et labellisé. Il s’agit essentiellement de personnes de modeste condition: artisans, ouvriers, paysans ou marginaux. N’y voyez surtout pas des excentricités dépourvues de sens, ou de simples objets de curiosité. Vous vous tromperiez lourdement! Dans cette société terriblement organisée, où le cauchemar sera bientôt remboursé par la sécurité sociale, ils nous offrent le rêve! Dans un monde désenchanté, ces hommes et ces femmes nous ouvrent les portes du merveilleux. A travers ces œuvres qui conjuguent jubilation et subversion, ils révèlent une inventivité débridée. Voyons-y les manifestations d’une imagination sans borne et délivrée de toute contrainte.




Joe Ryczko.



mardi 14 décembre 2010

Côte d'alerte.

Les effets de la passion sur le jugement sont amplement connus pour qu'on ait à y revenir. Aussi légitime qu'elle soit, la passion trouble le bon sens et altère parfois la lucidité. C'est pourquoi, la sympathie qu'on éprouve pour les amateurs d'art brut, ne nous dispense pas de les appeler parfois à plus de rigueur, ou à plus de discernement. 
Le regain d'intérêt pour l'art brut génère de singulières dérives. Point trop n'en faut, car on finira un jour par vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Le zèle déployé par les uns est, pour le moins, de nature à entretenir une certaine confusion. tandis que d'autres, aveuglés par leur foi de nouveaux convertis, ont tendance à encenser n'importe quel gribouillis, ou le moindre bricolage dès l'instant qu'il est le fait d'hommes du commun. Cette systématisation prête quelquefois à sourire. Bien souvent, il m'arrive de ne point partager du tout ni ces engouements, ni ces enthousiasmes. Nous ne saurions nous contenter d'approximations hâtives. De même,  il est pénible de voir des amateurs se complaire dans des attitudes  d'entomologiste, ou s'enliser dans les méandres de la pensée de Dubuffet citée à tout bout de champ. Il y a des formes d'intégrisme contre lesquels il vaut mieux se prémunir. En toute chose, il faut savoir distinguer l'esprit et la lettre. Ainsi, ce n'est pas parce qu'une personne "inculte" se met soudain à créer qu'elle produit nécessairement une oeuvre extraordinaire! Les miracles requièrent des recettes beaucoup plus mystérieuses... Pour un Aïni, un Carmeil, un Modrego, combien de créateurs médiocres ou de peu d'intérêt ? Aussi utiles qu'ils soient, les multiples ateliers d'expression en apportent chaque jour la preuve évidente. D'ailleurs, l'homme du commun à l'ouvrage ne court pas les rues! Croyez-m'en! Et s'il existe, encore faut-il aller le débusquer sur son terrain de prédilection, dans son biotope oserais-je dire. Traque ardue qui exige de la patience, un regard avisé et le goût des chemins de traverse. Et quoi qu'on dise, la vocation de braconnier se perd...
Un chasseur de mes amis me racontait un jour que les faisans d'élevage lâchés dans la nature venaient volontiers picorer dans sa basse-cour pour peu qu'on y jette du grain. C'est parfois la même chose avec certains artistes... Créateurs qu'on voudrait, bien entendu, faire passer pour d'authentiques artbrutistes, alors qu'ils sont nourris, voire gavés d'art cultivé. Il semble en effet qu'on accole un peu vite l'étiquette art brut à des oeuvres qui ne le méritent pas. Cet usage intempestif, s'il abuse certains, m'indispose grandement. Prenons garde que chemin faisant, des faiseurs recyclés ne viennent se mêler à la cohorte des arbrutistes pour répondre à un marché insatiable, toujours à la recherche de nouveaux créneaux à investir. La vogue de l'art naïf nous a malheureusement habitué aux pires dévoiements et aux pratiques les plus contestables. 


[Article paru en 1990 dans les Friches de l'Art.]    

jeudi 2 décembre 2010

Cyrille-Marie Brachet et Gilles Manero au Musée de la Création Franche.


Les deux nouvelles expositions collectives du Musée de la Création Franche consacrées à Cyrille-Marie Brachet et Gilles Manero se dérouleront du vendredi 10 décembre 2010 au dimanche 23 janvier 2011. Le vernissage aura lieu le vendredi 10 décembre à partir de 18 heures, en présence des artistes (entrée libre).


Musée de la Création Franche
58, av. du Maréchal de Lattre de Tassigny
33130 BEGLES - FRANCE
Tél. : 05 56 85 81 73



Pour plus d'information, rendez vous sur le site du Musée de la Création Franche.
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