La friche est un terrain qui n’est pas cultivé, où poussent les fleurs sauvages et les herbes folles. Un lieu où se terre la sauvagine, et sur lequel se complaisent les dernières espèces en liberté. Un sol laissé à l’abandon, qui ne reçoit ni engrais, ni poison. Qui ignore le soc de la charrue.

Autant dire, vous l’aurez aisément deviné, que les créateurs auxquels est consacré ce modeste site ne figurent pas sur le fronton des temples de l’art officiel et labellisé. Il s’agit essentiellement de personnes de modeste condition: artisans, ouvriers, paysans ou marginaux. N’y voyez surtout pas des excentricités dépourvues de sens, ou de simples objets de curiosité. Vous vous tromperiez lourdement! Dans cette société terriblement organisée, où le cauchemar sera bientôt remboursé par la sécurité sociale, ils nous offrent le rêve! Dans un monde désenchanté, ces hommes et ces femmes nous ouvrent les portes du merveilleux. A travers ces œuvres qui conjuguent jubilation et subversion, ils révèlent une inventivité débridée. Voyons-y les manifestations d’une imagination sans borne et délivrée de toute contrainte.




Joe Ryczko.



dimanche 27 juin 2010

Sanfourche, oeuvres d'une vie




Les artistes ne meurent jamais. Bertrand de Viviés, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Gaillac, nous invite à voir l'exposition consacrée à Sanfourche, récemment disparu. Elle se tiendra du 25 juin au 20 septembre 2010, au château de Foucaud. Pour ceux qui connaissent mal la géographie, Gaillac se situe dans le département du Tarn, au coeur d'un vignoble renommé. Il va de soi qu'on ne présente plus Sanfourche, connu de tous. Certaines de ses oeuvres sont également visibles au Musée municipal de Bègles.

[Illustration: Sanfourche. Source: bibssuruntapisvolant.wordpress.com.]

lundi 21 juin 2010

La « Pinturitas » d'Arguedas, par Hervé Couton.


Née le 10 janvier 1950 à Tolède, Maria Angeles Fernandez dite « La Pinturitas » vit et peint à Arguedas, petit village de Navarre en Espagne.





La « Pinturitas » n'est pas un peintre ordinaire car elle ne peint que sur un seul et unique support, les murs d'un restaurant désaffecté situé au bord de la route qui traverse le village. Elle utilise des pots de peinture à l'eau que l'on distribue aux enfants des écoles, qu'elle paye 65 centimes d'euro l'unité et se limite le plus souvent aux couleurs primaires.




Sa peinture ne tolère aucun espace vide et se caractérise par un enchevêtrement de maisons aux larges fenêtres, de corps et de visages « grotesques » imbriqués. Les personnages que des inscriptions éparses, souvent stylisées, parfois en formes d'animaux, viennent sensiblement aérer, ont des yeux ciliés, fixes et proéminents, une chevelure souvent formée par des corps d'animaux; taureaux, oiseaux, serpents et où les lèvres, qui découvrent de grandes dents blanches, sont parfois représentées par des poissons.





Vivant de petits boulots pour la mairie et d'une modeste pension sociale, la « Pinturitas » se refuse de peindre sur tout autre support et pour quiconque, considérant que sa peinture doit rester à Arguedas.




Théâtrale et volubile, avec un fort désir de reconnaissance, la « Pinturitas » décrit avec beaucoup de passion sa production à tout passant qui accepte de lui donner du temps. Chaque partie de cette œuvre unique raconte une petite histoire populaire locale, nationale, ou personnelle. Les thèmes évoqués peuvent aller du football où tel nom de joueur est mis en valeur, à la représentation des couleurs de tel ou tel pays en passant par des noms de villes, de personnages divers, ou par des représentations religieuses.





Les barreaux des fenêtres condamnées du bâtiment ont été utilisés par elle, pour coincer et exposer des objets récupérés, mélange hétéroclite de publicités, d'articles de journaux, de bouteilles de sodas... etc ... Aujourd'hui, les barreaux ont disparu car récupérés et vendus par quelques ferrailleurs, détruisant ainsi les compositions de la « Pinturitas ».





En proie au mépris et aux moqueries d'une partie de la population locale, dûs à son comportement marginal, Maria Angeles dit avoir commencé à peindre en 2000 sur les murs de ce bâtiment pour représenter ceux qui se moquaient et la raillaient. Elle raconte qu'elle a dormi un temps dans le cimetière local et qu'elle a moins peur des morts que des vivants. Marquée dans sa vie personnelle par des épreuves lourdes – les services sociaux lui ont retiré ses enfants quand ils étaient encore jeunes à cause d'une instabilité et d'une précarité familiale - la « Pinturitas » se serait alors réfugiée dans la peinture peut être pour ne pas sombrer.





Aujourd'hui, rien n'arrête cette créatrice infatigable, qui s'applique, hiver comme été à transformer, enrichir, embellir et restaurer avec attention et passion ses peintures que la pluie délave régulièrement.




Hervé Couton - avril 2010



[Photographies: Hervé Couton.]

vendredi 18 juin 2010

Armand Avril



De passage à Paris, j'ai pu me rendre à la galerie Laurent de Puybaudet pour y voir l'exposition consacrée à Armand Avril. Voilà un personnage des plus insolites. Apprenti berger en 1942, puis manoeuvre, il commence à peindre vers 1956. Son père collectionnait déjà des objets primitifs. Dans les années 60, il séjourne en Afrique noire. Ce voyage le marquera à jamais. En 1966, il a l'occasion de connaitre l'oeuvre de Gaston Chaissac. Il s'intéresse aussi à la démarche de Casimir Malévitch. Ses premiers assemblages réalisés à partir de bouchons, de capsules, de pinces à linge voient le jour en 1970. Il se passionne pour l'art esquimau, l'art océanien et l'art indonésien. Ses compositions à la facture brute, à l'aspect primitiviste, mêlent humour et sacré, gravité et légèreté. On y retrouve le goût des couleurs cher aux peintres du mouvement Cobra. Voilà donc un créateur à part, inclassable, qui trouve son inspiration à diverses sources et nous offre une oeuvre particulièrement intéressante.


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